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Chaos Social à Washington – Pourquoi La Sécu Pourrait Devenir L’Arme Financière de Destruction Massive en Amérique

Par Marquis Codjia

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Warren Buffett, l’investisseur milliardaire et gérant du conglomérat Berkshire Hathaway, affirma en 2002 que les produits dérivés étaient des «  bombes à retardement pour les contreparties aux transactions et le système économique ». Vu le rôle nocif que ces titres ont joué dans la récente crise, l’on peut dire que le « devin d’Omaha » possède également le don de prescience en plus de son légendaire sens des affaires.

Pourtant, ce qui risque d’estropier la croissance économique aux Etats-Unis, et par ricochet, les équilibres globaux, est la gestion des prestations sociales promises – ou plutôt dues – aux millions d’Américains sur non seulement un an ou deux, mais tout au long de leurs vies, une fois confrontés aux épineux épisodes existentiels que sont la maladie, la vieillesse, l’invalidité ou la perte d’emploi.

A ce jour, la Sécurité Sociale des Etats-Unis demeure le plus important programme d’entraide, revendiquant 20 % du budget national en 2009 ou 678 milliards de dollars EU, juste après la défense (23 %). D’autres programmes sociaux connus sont les allocations-chômage et les aides médicales aux séniors (Medicare) et aux pauvres (Medicaid).

Il est utile de comprendre le concept de sécurité sociale pour cerner ce débat. Pour être concis, la sécurité sociale permet aux retraités de toucher des revenus provenant de contributions apportées par la couche active de la population – par le biais de taxes salariales spécifiques. Naturellement, le système reste sain si les cotisations excèdent les sorties – comme c’est actuellement le cas.

Toutefois, les projections actuelles font état d’un déficit de financement commençant en 2016 – autrement dit, les paiements excéderont les rentrées, ce qui contraindra le pays à rechercher des fonds externes (nouveaux prêts ou coupes budgétaires). Pire, les gouvernements successifs ont emprunté et dépensé au fil des ans les excédents cumulés qui se trouvaient dans le Fonds de Sécurité Sociale.

Plusieurs facteurs sont à la base de ce déficit, les plus importants étant l’augmentation de l’espérance de vie, l’abaissement de la natalité et le vieillissement des baby-boomers (résultant en peu d’actifs cotisant pour plus de retraités).

Ce qui est déroutant, c’est le laxisme de l’élite politique actuelle – à l’instar des précédentes – dans le traitement d’une telle urgence budgétaire, préférant déplacer cette question sur des terrains partisans plus complexes qui rendent les populations obtuses. Résultat des courses : l’importance du débat sur la sécurité sociale se trouve amoindrie, et les couches citoyennes  les plus intellectuellement dynamiques n’accordent pas à cette rubrique la place socio-économique qui lui revient.

Ce statu quo transforme ainsi une question gérable en véritable crise – une “bombe à retardement” en une “arme financière de destruction massive” pour le tissu social de l’Amérique. Les deux derniers présidents de la Fed comprennent heureusement l’urgence de la question; Alan Greenspan préconise des mesures visant à maîtriser les programmes sociaux pour assurer la prospérité économique à long terme, tandis que Ben Bernanke avertit que “les Américains doivent s’attendre à des impôts plus élevés ou des coupures sociales … pour juguler les futurs déficits budgétaires.»

Plusieurs éléments justifient le penchant hyperbolique, ou apocalyptique, de cet article.

D’abord, l’absence d’un débat de fond sur la réforme de la sécurité sociale. Comme indiqué précédemment, cette situation est favorisée, au minimum, par les gouvernements successifs des trois dernières décennies, car cette réforme est, soit, un problème épineux et politiquement suicidaire aux yeux des politiciens, soit, ces derniers la jugent le cadet de leurs soucis. En somme, ils n’osent pas risquer des débats qui réduiront leurs chances de réélection.

Pour combler le vide rhétorique, l’on injecte, ici et là, des petites phrases assassines pour diviser l’électorat et éviter un débat de fond. Une illustration parfaite est l’idée que les actifs de la Sécurité Sociale devraient être confiés à des gestionnaires de patrimoine professionnels, car l’état devrait être en dehors des mécanismes du marché, et toute forme de gestion publique de ce patrimoine colossal est un type d’intervention « communiste » intolérable en Amérique capitaliste. Dans cet article, les avantages et inconvénients de cette thèse ne peuvent être évalués avec granularité mais les faits en révèlent les limites pratiques. Il est facile d’imaginer quel désastre financier le pays aurait subi si ce patrimoine fut investi en bourse avant le récent mini-krach. Il est également aisé de noter l’efficacité managériale de l’état en analysant les résultats opérationnels du Système Fédéral de Retraite (FERS), du Corps Médical de l’Armée, du Medicare et du Medicaid, lesquels demeurent des agences financièrement saines.

Deuxièmement, la nécessaire réforme fiscale tarde à arriver, et ce retard, couplé à la gestion opaque de deniers publics aux niveaux fédéral, local et législatif, anéantit tout effort de réduction de déficits budgétaires.

Ensuite, le spectre d’un cercle vicieux existe. Si le rapport retraités / actifs croît excessivement, il y aura moins de cotisations pour honorer les pensions, et une telle réduction du pouvoir d’achat des séniors affectera négativement la consommation des particuliers. Les entreprises seraient alors obligées de réduire leurs effectifs au vu des ventes anémiques, et la main-d’œuvre ainsi réduite contribuerait encore moins au Fonds de Sécurité Sociale, et ainsi de suite.

Quatrièmement, la Réserve Fédérale – en tant que créancier ultime – pourrait acheter les bons du Trésor si les finances publiques s’effondraient, mais elle ne peut continuer à imprimer des billets (via sa tactique de « quantitative easing ») de peur que le dollar ne dégringole sur les places boursières et n’accroît l’inflation.

Cinquièmement, l’incapacité du pays à réduire ses déficits ne sera probablement pas résolue à court terme car le tissu industriel américain est actuellement inapte ou démotivé à produire des biens bon marché, et l’ouverture du marché américain aux fournisseurs étrangers sert de levier géostratégique au plan international.

Au total, les spécialistes de la sécurité sociale posent la question suivante : pourquoi les autorités n’appliquent-elles pas les recommandations du Rapport 2009 du  Fonds de Sécurité Sociale qui préconisent  une légère hausse du taux  et des salaires d’imposition pour résorber le déficit? Par exemple, augmenter le taux d’imposition à 14,4 % en 2009 (de 12,4 % actuellement) ou réduire les primes de 13,3 % mettrait fin au déséquilibre, alors que ces montants augmentent à ca. 16% et 24 % si aucune modification n’est apportée jusqu’à 2037.