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Obamanisme contre Reaganisme – Quel modèle économique pour sauver l’Amérique?

April 4, 2010 8 comments

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Par Marquis Codjia

Dans les années 80, Ronald Reagan déclarait avec emphase que «le gouvernement n’est pas une solution à notre problème», mais plutôt, que “le gouvernement est le problème.” Aujourd’hui, de nombreux spécialistes analysent le bien-fondé d’une telle affirmation à la lumière des plans de sauvetage massifs que les pouvoirs publics ont de part le monde enclenché pour préserver le tissu économique mondial.

Ces experts ne sont pas seuls. L’actuel chef de la Maison Blanche, qui a affirmé ouvertement pendant la campagne présidentielle de 2008 son admiration pour la personnalité politique de Reagan – au grand désarroi de certains irréductibles démocrates –, a jusqu’ici mené des politiques économiques trop antithétiques au Reaganisme.

Beaucoup d’Américains se remémorent le côté débonnaire, jovial et hollywoodien du Président Reagan ; pourtant, l’ancien dirigeant développa une érudition économique qui lui servit tout au long de la récession qui marqua sa présidence.

Face à une économie dysfonctionnelle au début de son mandat, le président Reagan enracina sa politique dans le dogme de l’économie de l’offre, promouvant un quatuor de mesures qui finirent par révolutionner la dynamique sociale de l’Amérique et relancer sa croissance.

Tout d’abord, il proposa des réductions d’impôt sur les fruits du travail et du capital pour inciter les entreprises et les entrepreneurs à investir et innover, tout en encourageant les contribuables, inondés de liquidités en raison du niveau d’épargne élevé, à consommer pour relancer la machine économique. Ensuite, la déréglementation de secteurs économiques ciblés visa à éviter des coûts inutiles pour les investisseurs. Troisièmement, il promut une série de coupures budgétaires importantes – à partir de 1981 – qui résultèrent en une réduction de 5% des dépenses publiques (environ 150 milliards $ EU courants). Quatrièmement, Reagan chercha à resserrer la politique monétaire pour combattre l’inflation.

Le plan du défunt président eut un succès mitigé.

L’inflation connut une baisse spectaculaire de 1980 à 1983 (13,2% vs 3,2%), les recettes fédérales augmentèrent à un rythme plus élevé que les dépenses (au taux moyen de 8,2% contre 7,1%), et les 16 millions d’emplois créés ont contribué à la chute du chômage de 3 points (7,5% par rapport à un pic en 1982 de 10,8%). D’autres dithyrambes du Cato Institute, think-tank libertarien, incluent une véritable augmentation du revenu médian des familles de 4000 $ EU et une augmentation de la productivité.

Cela dit, le reaganisme et ses paradigmes libéraux ont structurellement dévasté des pans du tissu socio-économique de l’Amérique: les coupes budgétaires couplées à la hausse des dépenses militaires dues à la guerre froide ont créé un gouffre béant dans les finances publiques (par exemple: déficits budgétaires importants, expansion du déficit commercial). En outre, une certaine culpabilité peut être attribuée au leader républicain en ce qui concerne le krach boursier de 1987 et la crise des banques d’épargne des années 80 et 90, tout simplement parce que, au minimum, ces deux crises survinrent sous son mandat. Afin de résorber les déficits budgétaires, l’administration se lança frénétiquement dans des emprunts obligataires qui catapultèrent la dette nationale de 700 milliards $ EU à 3 000 milliards $ EU, dont une partie (environ 125 milliards $ EU) servit à subventionner l’industrie de l’épargne bancaire paralysée par les faillites de 747 institutions.

Le mot-valise « Obamanisme » – utilisé pour décrire la politique économique actuelle défendue par le président américain Barack Obama – est un nouveau concept qui, naturellement, a besoin de temps pour se développer avant qu’une analyse plus poussée ne puisse être effectuée sur ses mérites.

De toute évidence, l’administration actuelle – face à une économie chaotique – a adopté jusqu’à présent, ou envisage d’adopter, des politiques diamétralement opposées aux préceptes de Reagan: impôts plus élevés, réglementation accrue, plus de dépenses et une politique monétaire laxiste.

L’initiative de sauvetage des banques du président Obama était correcte pour deux raisons: d’un côté, la décrépitude des marchés de capitaux aurait métastasé en un chaos général plus coûteux, et de l’autre, le fait que les banques sont maintenant relativement stables témoigne de l’efficacité du programme, malgré le travail restant à accomplir dans ce schéma de sauvetage bancaire.

Même si le plan de relance économique actuel prendra un certain temps pour atteindre les objectifs souhaités, les résultats préliminaires à ce jour sont tout à fait mixtes: les banques hésitent à prêter, le secteur des prêts hypothécaires est toujours léthargique, la consommation privée atone entrave les investissements des entreprises et la productivité économique mondiale. L’économie enregistre peu à peu des milliers d’emplois mais le taux de chômage reste encore à 9,7%.

Alors, entre l’Obamanisme et le Reaganisme, quel modèle économique peut sauver l’Amérique aujourd’hui?

La réponse est : aucun.

Aucune politique économique ancrée dans un dogme partisan ne peut sauver l’économie; pour être efficaces, les autorités doivent utiliser une combinaison d’idéologies, extirper les meilleures zones d’efficacité de chacune et les amalgamer dans un plan cohérent profondément enraciné dans les préceptes d’une l’économie prudentielle.

Premièrement, le gouvernement doit équilibrer son budget en maîtrisant les pertes bureaucratiques au niveau fédéral et étatique, en cherchant une plus grande efficacité dans ses programmes sociaux et en maintenant une base d’imposition capable de fournir des rentrées fiscales suffisantes. La récente nomination de Jeffrey Zients au poste de Chief Performance Officer (Chef des services de l’analyse de performance) des Etats-Unis est une heureuse décision.

Deuxièmement, le gouvernement et le pouvoir législatif doivent accepter de supprimer ou de réduire sensiblement les dépenses électoralistes ; même si certains des projets subventionnés sont valides, le manque de transparence et le fait que trop de pouvoir reste dans les mains d’un député sont des faits troublants. Citizens Against Government Waste (Citoyens contre le gaspillage des deniers publics), organisme privé et non-partisan, a estimé dans son dernier rapport de l’année 2009 que les dépenses électoralistes se sont élevées à 19,6 milliards $ EU, en hausse par rapport aux 17,2 milliards $ EU de l’année précédente.

Troisièmement, le gouvernement doit investir dans l’éducation, les sciences, la santé et les services de loisir afin d’assurer une main-d’œuvre productive et une population éduquée. Tout citoyen apprécie un bon système scolaire local, une police efficace, et des services sociaux opérationnels. Quatrièmement, un processus progressif et équilibré de réglementation des secteurs vitaux est nécessaire pour égaliser les chances de tous les agents économiques et éviter les effets négatifs des risques systémiques.

Enfin, le code fiscal devrait être plus efficace et plus facile à comprendre pour que plus de recettes soient recueillies. Actuellement, on estime qu’il coûte au fisc américain entre 25 et 30 centimes pour chaque dollar derecettes fiscales collectées, sans compter les milliards dépensés par les citoyens dans leur planification fiscale. Nous avons un code d’imposition foncière simplifié dans nos villes, pourquoi n’en serait-il pas de même au niveau fédéral?

Obamanomics vs. Reaganomics – Which Can Save the Economy?

April 2, 2010 70 comments

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By Marquis Codjia

President Reagan in the Oval Office delivering his Tax Reduction televised address in July 1981 (Photo courtesy of the Reagan Library, Official government record)

In the 1980s, Ronald Reagan asserted emphatically that “government is not a solution to our problem,” but rather, “government is the problem.” Nowadays, many specialists revisit the soundness of such avowal in light of the mammoth government-engineered bailouts that questionably helped safeguard the global economic fabric.

Those experts are not alone. The current White House chief denizen, who uttered openly during the 2008 presidential campaign his admiration for Reagan’s political persona – much to the ire of some diehard Democrats – , has so far spearheaded policies overmuch adversative to Reaganomics.

Many Americans remember President Reagan for his debonair, articulate and Hollywoodian public posture; yet, the former leader had developed a sophistication in economic analysis that served him throughout the recession that hallmarked his presidency.

Faced with a dysfunctional economy at the onset of his mandate, President Reagan ingrained his policies in supply-side economics, advocating a quartet of measures that revolutionized America’s social dynamics and reignited its growth machine.

First, he proposed vast tax cuts on labor and capital to incentivize corporations and entrepreneurs to invest and innovate, whereas citizens, freshly cash awash due to increased savings, were heartened to spend. Next, deregulation in targeted economic sectors aimed at eschewing unnecessary costs to investors. Third, he steered a package of major budget cuts approximating – from 1981 onwards – a 5% reduction in government expenses (circa $150 billion today). Fourth, Reagan sought to tighten monetary policy to combat inflation.

The late president’s plan delivered mixed results.

Inflation experienced a spectacular fourfold decrease from 1980 to 1983 (13.2% vs. 3.2%), federal receipts grew higher than outlays (at an average rate of 8.2% vs. 7.1%), and the 16 million new jobs created helped shrink unemployment by 3 points (to 7.5% from a 1982 peak of 10.8%). Other accolades from the Cato Institute, a libertarian think thank, include a real median family income rise of $4,000 and a higher productivity.

This said, Reaganomics and its no holds-barred canons structurally devastated parts of America’s socio-economic fabric: fiscal cuts coupled with a surge in Cold War military spending created a yawning abyss in the nation’s finances (e.g.: large budget deficits, trade deficit expansion). In addition, some culpability can be attributed to the Republican leader vis-à-vis the 1987 stock market crash and the Savings and Loans crisis, merely because, at a minimum, both pandemonia occurred under his watch. In order to cover budget shortages, the administration then embarked on a borrowing spree that catapulted the national debt to $3 trillion from $700 billion, part of which (circa $125 billion) subsidized an S&L industry crippled by the failure of 747 thrifts.

The portmanteau Obamanomics – used to depict economic policies espoused by current U.S. President Barack Obama – is a new concept, which understandably needs more time to develop before a studious analysis can be conducted on its merits.

Clearly, the current administration – also faced with a chaotic economy – has so far adopted, or is envisaging, policies diametrically opposed to Reagan’s precepts: higher taxes, increased regulation, more spending, and a loose monetary policy.

President Obama’s plan to save banks was the correct initiative for two reasons: decrepitude in capital markets would have metastasized into a more costly, general chaos, and the fact that banks are now relatively stable attests to the program’s effectiveness, notwithstanding the remaining work to be accomplished in the bank bailout’s scheme.

Even if the current economic recovery plan will take a while to reach its desired goals, preliminary results so far are altogether mixed: banks are loath to lend, the mortgage sector is still lethargic, the lackluster private consumption is hampering corporate investments and the global economic productivity. The economy is gradually adding thousands of jobs but the unemployment rate still stands at 9.7%.

So, which of Reaganomics or Obamanomics can save the economy today?

The answer is none.

No economy policy ingrained in political partisanship can save the economy; to be efficient, authorities must use a combination of ideologies, extirpating the best areas of each and amalgamating them into a coherent plan deep-rooted in sound economics.

First, the government must balance its budget by reining in bureaucratic waste at the federal and state levels, seeking higher efficiency in its social programs and maintaining a tax base able to provide sufficient inflows. The recent nomination of Jeffrey Zients as U.S. Chief Performance Officer is a welcome decision.

Second, the government and the legislative branch must agree to suppress or significantly reduce pork-barrel spending; even if some of the projects subsidized are valid, the lack of transparency and the fact that too much power lies in the hands of one lawmaker are troubling. Citizens Against Government Waste, a private, nonpartisan watchdog, estimated in its latest report that 2009 pork-barrel spending amounted to $19.6 billion, up from $17.2 billion the previous year.

Third, the government must invest in education, sciences, health, and recreation services to assure a productive labor force and educated populace. Every citizen appreciates a good local school system, an efficient police, and functional social services. Fourth, a gradual and well-balanced regulatory framework for critical sectors is needed to level the playing field for all economic agents and eschew the negative effects of systemic risks.

Finally, the tax code should be more efficient and easier to understand so more revenues are collected. Currently, it is estimated that it costs the IRS between 25 and 30 cents for every tax dollar collected, without counting the billions spent by citizens in tax compliance and planning. We have a simplified property tax code in our cities; why can’t we engineer a similar scheme at the federal level?