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A part la Grèce, l’Europe a d’autres talons d’Achille

Par Marquis Codjia

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Le brouhaha actuel sur les pépins budgétaires de la Grèce et ses prétendus effets négatifs sur l’Europe constituent un moment capital de l’histoire de la jeune zone économique européenne, mais ce ne sont pas les points significatifs sur lesquels devraient s’attarder les  décideurs, y compris les dirigeants politiques et les acteurs financiers.

Le problème de la dette grecque sera résolu tôt ou tard, car l’Allemagne, géant de la zone euro, rejoindra  au moment opportun ses partenaires continentaux; aussi, les structures supranationales – telles que la Banque Centrale Européenne et le FMI – apporteront, de gré ou de force, une assistance conséquente à des Hellènes à cours de liquidités.

La crainte réelle est la contagion – éviter que le chaos financier ne se métastase à d’autres pays égrotants de l’union. Si un de ces pays, casés d’ordinaire sous l’acronyme anglais peu flatteur de P.I.G.S. (Portugal, Italie, Grèce, Espagne), voit sa note abaissée par les agences de notation, comme cela a été récemment le cas pour l’Espagne et le Portugal, les plans de sauvetage ultimes et les primes de risque augmenteront fortement.

Les leaders de la zone euro devraient régler rapidement le problème grec pour couper court au flou actuel. Le pays est, sans doute, un nain géostratégique et financier (2 % du PIB de la zone euro et n’abritant aucune institution communautaire majeure). Par ailleurs, les autres ventres mous tels que l’Espagne et l’Italie possèdent de fortes capacités d’autofinancement et une structure de dette différente (détenue en interne contre 95 % de la dette grecque détenue par des étrangers). Nonobstant, si l’impression transeuropéenne est que l’Europe ne sera pas solidaire géo-économiquement de ses membres dans les moments d’incertitude, alors le concept d’union politique perd de sa pertinence, et les acteurs économiques, y compris les marchés financiers, refléteront certainement leur mécontentement en faisant chuter la monnaie unique.

En général, des insuffisances systémiques continuent de ralentir la marche de la locomotive Euro.

Il y a, d’abord, l’absence d’une structure politique communautaire claire. Les dirigeants européens, en particulier ceux des grands pays (Allemagne, Royaume-Uni, France), semblent à ce stade satisfaits d’une hiérarchie fédérale regroupant des personnalités (de préférence des petits pays) qui ne représentent aucune menace à leur leadership, et une pléthore d’institutions employant des fonctionnaires recrutés au prorata des états membres. Cette stratégie d’union politique floue, fondée plus sur une zone économique, va à l’encontre de l’esprit de fédération qui sous-tendit le Traité de Rome.

Pour illustration, prenons un exemple simple : qui serait l’interlocuteur communautaire du président Barack Obama ou du premier ministre chinois Wen Jiabao si ceux-ci voudraient négocier un partenariat stratégique avec la zone Euro? Feraient-ils appel à l’actuel président de la Commission Européenne José Manuel Durão Barroso? Ou le président du Conseil Européen Herman Van Rompuy ? Ou le Président (tournant) du Conseil de l’Union Européenne José Luis Rodríguez Zapatero ? Ou les poids lourds de l’UE que sont le président français Nicolas Sarkozy ou la chancelière allemande Angela Merkel ? Ou, plutôt, tous ces leaders à la fois ?

Deuxièmement, l’absence de leadership politique engendre l’absence de programme socio-économique commun. Les leaders européens veulent les avantages de l’intégration économique mais semblent en haïr les inconvénients. Les citoyens de l’UE doivent clarifier ce que représente la zone euro : est-ce une zone de libre-échange, comme l’ALENA (Accord de libre-échange nord-américain) ou la CEDEAO (Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest), dans laquelle les pays partenaires conservent leur indépendance politique, économique et sociale, et peuvent rivaliser entre eux ? Ou est-ce une union politique et économique dirigée par des politiques sociales communes ? Ou est-ce, plutôt, un statut intermédiaire ?

Troisièmement, le rôle de la BCE devrait être élargi au-delà de la stabilisation des prix. Contrairement à la Fed américaine, le mandat principal de la banque pour le moment est de contrôler l’inflation. La BCE devrait intervenir davantage dans l’économie communautaire et éviter les déséquilibres systémiques. En somme, l’institution devrait faire usage de ses énormes réserves pour rasséréner les opérateurs économiques, entre autres rôles.

Quatrièmement, les critères d’appartenance à la zone euro devraient être réexaminés ; cela inclut aussi bien l’admission que l’exclusion. Naturellement, ce processus doit prendre un ton diplomatique pour ne pas frustrer des futurs partenaires, mais dans l’ensemble, les pays candidats à l’adhésion devraient passer des tests stricts. L’actuel Pacte de stabilité et de croissance, qui vise à limiter les déficits budgétaires, est un bon début mais sa gouvernance inefficace a permis les fraudes statistiques dont la Grèce a fait preuve lors de son entrée  dans la communauté. En somme, des solides fondamentaux économiques et une stricte gouvernance, en plus de la proximité géographique, devraient constituer les bases d’acceptation des nouveaux membres.

Enfin, l’élargissement de l’UE doit faire attention à deux dossiers-clés: le Royaume-Uni et la Turquie. Le propos ici n’est pas un souhait d’admission rapide, mais d’un processus  d’intégration clarifié et plus efficace que les 31 chapitres de l’actuel Acquis communautaire.

Ces dossiers sont complexes et politiques, mais leur résolution rapide apportera de l’eau au moulin de l’Europe. La Turquie a de nombreux « maux » (non-respect des droits de l’homme, conflit chypriote, impression d’islamisme malgré la laïcité du pays, droit des affaires opaque, etc.), mais aussi de nombreux atouts. Le FMI la classe 16ème PIB mondial dans son rapport 2009, dépassée dans l’UE seulement par l’Allemagne, le Royaume-Uni, la France, l’Italie et l’Espagne. Ce qui la place 6ème PIB dans une fédération de 27 membres. Le pays est géographiquement supérieur aux autres membres de l’UE et sa population de 73 millions vient en second après l’Allemagne (82 millions) ; il peut servir de débouché aux entreprises européennes en mal de croissance. Politiquement, Ankara est un allié géostratégique important de l’Ouest et un membre d’organisations-clés comme le G-20, l’OCDE et l’OTAN.

Quant au Royaume-Uni, membre de l’UE mais pas de la zone euro, son gouvernement travailliste a défini à la fin des années 1990 cinq tests économiques préalables à l’adoption de  l’euro comme monnaie nationale, soit par ratification parlementaire ou par référendum. L’adoption de l’euro reste un sujet sensible et risque de ne pas être abordé pendant longtemps. Mais, il serait intéressant de voir la réaction des politiciens et des dirigeants d’entreprise une fois que l’euro atteindra la parité avec la livre sterling ou la dépassera. Jusqu’ici, l’euro a augmenté de 65 % par rapport à la livre, de 57 cents en 2000 à 94 cents une décennie plus tard, atteignant brièvement la parité à la fin 2008 (0,98 en décembre 2008).

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Chaos Social à Washington – Pourquoi La Sécu Pourrait Devenir L’Arme Financière de Destruction Massive en Amérique

Par Marquis Codjia

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Warren Buffett, l’investisseur milliardaire et gérant du conglomérat Berkshire Hathaway, affirma en 2002 que les produits dérivés étaient des «  bombes à retardement pour les contreparties aux transactions et le système économique ». Vu le rôle nocif que ces titres ont joué dans la récente crise, l’on peut dire que le « devin d’Omaha » possède également le don de prescience en plus de son légendaire sens des affaires.

Pourtant, ce qui risque d’estropier la croissance économique aux Etats-Unis, et par ricochet, les équilibres globaux, est la gestion des prestations sociales promises – ou plutôt dues – aux millions d’Américains sur non seulement un an ou deux, mais tout au long de leurs vies, une fois confrontés aux épineux épisodes existentiels que sont la maladie, la vieillesse, l’invalidité ou la perte d’emploi.

A ce jour, la Sécurité Sociale des Etats-Unis demeure le plus important programme d’entraide, revendiquant 20 % du budget national en 2009 ou 678 milliards de dollars EU, juste après la défense (23 %). D’autres programmes sociaux connus sont les allocations-chômage et les aides médicales aux séniors (Medicare) et aux pauvres (Medicaid).

Il est utile de comprendre le concept de sécurité sociale pour cerner ce débat. Pour être concis, la sécurité sociale permet aux retraités de toucher des revenus provenant de contributions apportées par la couche active de la population – par le biais de taxes salariales spécifiques. Naturellement, le système reste sain si les cotisations excèdent les sorties – comme c’est actuellement le cas.

Toutefois, les projections actuelles font état d’un déficit de financement commençant en 2016 – autrement dit, les paiements excéderont les rentrées, ce qui contraindra le pays à rechercher des fonds externes (nouveaux prêts ou coupes budgétaires). Pire, les gouvernements successifs ont emprunté et dépensé au fil des ans les excédents cumulés qui se trouvaient dans le Fonds de Sécurité Sociale.

Plusieurs facteurs sont à la base de ce déficit, les plus importants étant l’augmentation de l’espérance de vie, l’abaissement de la natalité et le vieillissement des baby-boomers (résultant en peu d’actifs cotisant pour plus de retraités).

Ce qui est déroutant, c’est le laxisme de l’élite politique actuelle – à l’instar des précédentes – dans le traitement d’une telle urgence budgétaire, préférant déplacer cette question sur des terrains partisans plus complexes qui rendent les populations obtuses. Résultat des courses : l’importance du débat sur la sécurité sociale se trouve amoindrie, et les couches citoyennes  les plus intellectuellement dynamiques n’accordent pas à cette rubrique la place socio-économique qui lui revient.

Ce statu quo transforme ainsi une question gérable en véritable crise – une “bombe à retardement” en une “arme financière de destruction massive” pour le tissu social de l’Amérique. Les deux derniers présidents de la Fed comprennent heureusement l’urgence de la question; Alan Greenspan préconise des mesures visant à maîtriser les programmes sociaux pour assurer la prospérité économique à long terme, tandis que Ben Bernanke avertit que “les Américains doivent s’attendre à des impôts plus élevés ou des coupures sociales … pour juguler les futurs déficits budgétaires.»

Plusieurs éléments justifient le penchant hyperbolique, ou apocalyptique, de cet article.

D’abord, l’absence d’un débat de fond sur la réforme de la sécurité sociale. Comme indiqué précédemment, cette situation est favorisée, au minimum, par les gouvernements successifs des trois dernières décennies, car cette réforme est, soit, un problème épineux et politiquement suicidaire aux yeux des politiciens, soit, ces derniers la jugent le cadet de leurs soucis. En somme, ils n’osent pas risquer des débats qui réduiront leurs chances de réélection.

Pour combler le vide rhétorique, l’on injecte, ici et là, des petites phrases assassines pour diviser l’électorat et éviter un débat de fond. Une illustration parfaite est l’idée que les actifs de la Sécurité Sociale devraient être confiés à des gestionnaires de patrimoine professionnels, car l’état devrait être en dehors des mécanismes du marché, et toute forme de gestion publique de ce patrimoine colossal est un type d’intervention « communiste » intolérable en Amérique capitaliste. Dans cet article, les avantages et inconvénients de cette thèse ne peuvent être évalués avec granularité mais les faits en révèlent les limites pratiques. Il est facile d’imaginer quel désastre financier le pays aurait subi si ce patrimoine fut investi en bourse avant le récent mini-krach. Il est également aisé de noter l’efficacité managériale de l’état en analysant les résultats opérationnels du Système Fédéral de Retraite (FERS), du Corps Médical de l’Armée, du Medicare et du Medicaid, lesquels demeurent des agences financièrement saines.

Deuxièmement, la nécessaire réforme fiscale tarde à arriver, et ce retard, couplé à la gestion opaque de deniers publics aux niveaux fédéral, local et législatif, anéantit tout effort de réduction de déficits budgétaires.

Ensuite, le spectre d’un cercle vicieux existe. Si le rapport retraités / actifs croît excessivement, il y aura moins de cotisations pour honorer les pensions, et une telle réduction du pouvoir d’achat des séniors affectera négativement la consommation des particuliers. Les entreprises seraient alors obligées de réduire leurs effectifs au vu des ventes anémiques, et la main-d’œuvre ainsi réduite contribuerait encore moins au Fonds de Sécurité Sociale, et ainsi de suite.

Quatrièmement, la Réserve Fédérale – en tant que créancier ultime – pourrait acheter les bons du Trésor si les finances publiques s’effondraient, mais elle ne peut continuer à imprimer des billets (via sa tactique de « quantitative easing ») de peur que le dollar ne dégringole sur les places boursières et n’accroît l’inflation.

Cinquièmement, l’incapacité du pays à réduire ses déficits ne sera probablement pas résolue à court terme car le tissu industriel américain est actuellement inapte ou démotivé à produire des biens bon marché, et l’ouverture du marché américain aux fournisseurs étrangers sert de levier géostratégique au plan international.

Au total, les spécialistes de la sécurité sociale posent la question suivante : pourquoi les autorités n’appliquent-elles pas les recommandations du Rapport 2009 du  Fonds de Sécurité Sociale qui préconisent  une légère hausse du taux  et des salaires d’imposition pour résorber le déficit? Par exemple, augmenter le taux d’imposition à 14,4 % en 2009 (de 12,4 % actuellement) ou réduire les primes de 13,3 % mettrait fin au déséquilibre, alors que ces montants augmentent à ca. 16% et 24 % si aucune modification n’est apportée jusqu’à 2037.

Avantages et Dangers de Facebook et Leurs Impacts Sur le Commerce Electronique

April 13, 2010 9 comments

Par Marquis Codjia


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Le demi-milliard d’utilisateurs actuels de Facebook constitue un marché gigantesque dans le commerce global et un baromètre-clé dans d’autres secteurs, y compris la politique, les mass-médias, le monde sportif et les activités caritatives. Compte tenu de la diversité de ses membres et son expansion géographique, le premier portail social constitue une population numérique qui s’apparente à une organisation mondiale.

En fait, Facebook s’est métamorphosé récemment en un “ONU sur internet” – du moins lorsqu’on tient compte de la couche de la population mondiale qui sait utiliser l’ordinateur.

L’on pourrait analyser les usagers de Facebook sous plusieurs angles, en fonction de l’objectif de l’étude ; toutefois, pour des raisons de commodité, deux domaines peuvent être retenus pour représenter la diversité des membres.

Le premier est anthropologique et est indissolublement lié à l’instinct grégaire basique des humains. Les usagers peuvent s’inscrire en tant qu’individus et inviter des amis – et les amis des amis – pour créer et maintenir leurs propres groupuscules sociaux ou réseaux. Avec d’autres fans, ils expriment leur admiration pour une entreprise, une marque, un produit ou un individu. Ils montrent leur engagement pour une cause en rejoignant des groupes ou des forums. Lorsqu’ils en ont envie, ils s’adonnent à des jeux, quiz  ou autres créneaux de divertissement disponibles sur le site.

Le deuxième domaine est socio-économique. Les membres peuvent s’identifier comme individus – c’est-à-dire les consommateurs, ou la demande – ou en tant qu’organisations – c’est-à-dire les producteurs, ou l’offre. Ce dernier groupe peut être subdivisé aussi en entreprises, organisations caritatives, politiciens et célébrités.

Pour les particuliers, Facebook offre force avantages. Les usagers peuvent rechercher des nouveaux ou anciens amis, échanger avec ceux-ci, et élargir leurs réseaux à d’autres personnes qui partagent leurs goûts, à l’aide des amis de leurs amis ou des groupes auxquels ils adhèrent. Ils accèdent à d’utiles renseignements auxquels ils n’auraient autrement pas accès – rapports universitaires, documents de recherche, lancement en ligne de produits électroniques, etc. Les membres peuvent également partager des photos, vidéos et documents audio, et utiliser le portail comme une agence matrimoniale efficace.

Cette contigüité est utile car elle permet aux utilisateurs de communiquer sans crainte avec des connaissances ainsi que des étrangers, et fournit une illustration empirique de la théorie des six-degrés de séparation.

La théorie des six degrés de séparation, également appelée théorie de la “toile humaine”, explique que toute personne sur terre serait reliée à n’importe quelle autre, au travers d’une chaîne de relations individuelles comprenant au plus cinq autres maillons.

Les dangers de Facebook se rapportent principalement à l’intrusion dans la vie privée et au manque de productivité.

Indéniablement, une présence sur internet comporte un risque d’étalage de la sphère privée, que ce soit dans les portails sociaux ou autres forums; les usagers de Facebook renoncent ainsi à une partie de leur vie privée simplement en s’inscrivant et en postant des « mises à jour » sur leur “murs”, puisque personne ne sait avec un haut degré de certitude comment les données des membres sont gérées. Cette violation de la vie privée est accentuée par les paramètres de confidentialité inadéquats que la plupart des usagers, en particulier les mineurs et les personnes âgées, présentent dans leurs comptes, ce qui les rend vulnérables aux prédateurs en ligne et à d’autres comportements illicites. Les membres – à contrecœur et à leur insu – peuvent être référencés (« taggés ») dans des images et des écrits qui pourraient fournir une représentation étrange ou inexacte de leur personnalité, leurs vues ou leurs intérêts.

Tout simplement, Facebook peut éroder ou détruire la réputation d’un individu au fil du temps, sauf s’il contrôle strictement comment ses données privées sont diffusées.

L’intrusion dans la vie privée peut également se produire par le biais de la pléthore d’applications disponibles sur le site; ces outils sont des formidables techniques de marketing qui servent à recueillir des informations précieuses – y compris les adresses e-mail – des membres, lesquelles peuvent ensuite être vendues à des entreprises légalement constituées ou des organisations illégales (par exemple, les « spammeurs » ou fournisseurs de courriers indésirables). Par exemple, considérons, un instant, une question comme « Quelle est votre robe de mariée de rêve? » et imaginons, ensuite, quel trésor d’informations précieuses les participants fournissent aux acteurs de l’événementiel nuptial, alors que ces intervenants, naïfs et crédules d’habitude, croyaient participer au départ à un simple jeu.

Sur le plan de la productivité, l’utilisation de Facebook favorise un climat de procrastination et de dépendance, conséquence directe des diverses fonctionnalités (jeux, etc.) existant sur le portail. Nonobstant, ce comportement est le bienvenu pour Facebook, parce que plus les utilisateurs passent du temps sur le site, mieux c’est.

Pour les organisations et les célébrités, y compris les politiciens, une présence sur Facebook offre moult avantages et relativement peu de risques. Cette absence de préjudices est le produit de la sophistication de la gestion des risques et des techniques de promotion de marque qu’utilisent ces entités et les fonctionnalités intégrées disponibles sur le site. Vu que les sociétés ont un contrôle total de leurs comptes Facebook, elles utilisent leurs pages Facebook comme des extensions naturelles à leurs sites Web ou leurs intranets.

Les avantages pour ce groupe se rapportent principalement à l’amélioration de leur qualité de marque et de leur stratégie commerciale en ligne. Une présence sur Facebook favorise un changement des paradigmes tactiques d’e-commerce. Les organisations peuvent évaluer leur « part de marché numérique » et leur niveau de popularité par leur nombre de fans comparativement à des rivaux, stratifier démographiquement ces fans selon les sections ou niches désirées, même si de tels chiffres peuvent ne pas refléter la part de marché réelle.

Avoir des admirateurs sur des pages ou dans des groupes est inestimable parce que les entreprises et les célébrités ont à leur disposition une base de données de clients potentiels gratuite et fiable, sur qui elles peuvent tester de nouveaux produits ou services. Les newsletters, jeux et applications de Facebook offrent un moyen direct de mener des études de marché moins cher et recueillir les commentaires des consommateurs personnellement. Par exemple, une entreprise peut tester un nouveau concept sur des fans de Facebook, ou sur un échantillon représentatif, avant de faire progresser son processus de R&D et de lancer un nouveau produit.

Des communiqués officiels peuvent également être directement diffusés, en temps réel, à de vastes pans de la clientèle. D’autres options intéressantes sont présentes sur Facebook Ads (Facebook Annonces), un service qui permet aux usagers de cibler une démographie spécifique, et Marketplace, un marché numérique où les produits peuvent être commercialisés directement aux clients.

Obamanisme contre Reaganisme – Quel modèle économique pour sauver l’Amérique?

April 4, 2010 8 comments

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Par Marquis Codjia

Dans les années 80, Ronald Reagan déclarait avec emphase que «le gouvernement n’est pas une solution à notre problème», mais plutôt, que “le gouvernement est le problème.” Aujourd’hui, de nombreux spécialistes analysent le bien-fondé d’une telle affirmation à la lumière des plans de sauvetage massifs que les pouvoirs publics ont de part le monde enclenché pour préserver le tissu économique mondial.

Ces experts ne sont pas seuls. L’actuel chef de la Maison Blanche, qui a affirmé ouvertement pendant la campagne présidentielle de 2008 son admiration pour la personnalité politique de Reagan – au grand désarroi de certains irréductibles démocrates –, a jusqu’ici mené des politiques économiques trop antithétiques au Reaganisme.

Beaucoup d’Américains se remémorent le côté débonnaire, jovial et hollywoodien du Président Reagan ; pourtant, l’ancien dirigeant développa une érudition économique qui lui servit tout au long de la récession qui marqua sa présidence.

Face à une économie dysfonctionnelle au début de son mandat, le président Reagan enracina sa politique dans le dogme de l’économie de l’offre, promouvant un quatuor de mesures qui finirent par révolutionner la dynamique sociale de l’Amérique et relancer sa croissance.

Tout d’abord, il proposa des réductions d’impôt sur les fruits du travail et du capital pour inciter les entreprises et les entrepreneurs à investir et innover, tout en encourageant les contribuables, inondés de liquidités en raison du niveau d’épargne élevé, à consommer pour relancer la machine économique. Ensuite, la déréglementation de secteurs économiques ciblés visa à éviter des coûts inutiles pour les investisseurs. Troisièmement, il promut une série de coupures budgétaires importantes – à partir de 1981 – qui résultèrent en une réduction de 5% des dépenses publiques (environ 150 milliards $ EU courants). Quatrièmement, Reagan chercha à resserrer la politique monétaire pour combattre l’inflation.

Le plan du défunt président eut un succès mitigé.

L’inflation connut une baisse spectaculaire de 1980 à 1983 (13,2% vs 3,2%), les recettes fédérales augmentèrent à un rythme plus élevé que les dépenses (au taux moyen de 8,2% contre 7,1%), et les 16 millions d’emplois créés ont contribué à la chute du chômage de 3 points (7,5% par rapport à un pic en 1982 de 10,8%). D’autres dithyrambes du Cato Institute, think-tank libertarien, incluent une véritable augmentation du revenu médian des familles de 4000 $ EU et une augmentation de la productivité.

Cela dit, le reaganisme et ses paradigmes libéraux ont structurellement dévasté des pans du tissu socio-économique de l’Amérique: les coupes budgétaires couplées à la hausse des dépenses militaires dues à la guerre froide ont créé un gouffre béant dans les finances publiques (par exemple: déficits budgétaires importants, expansion du déficit commercial). En outre, une certaine culpabilité peut être attribuée au leader républicain en ce qui concerne le krach boursier de 1987 et la crise des banques d’épargne des années 80 et 90, tout simplement parce que, au minimum, ces deux crises survinrent sous son mandat. Afin de résorber les déficits budgétaires, l’administration se lança frénétiquement dans des emprunts obligataires qui catapultèrent la dette nationale de 700 milliards $ EU à 3 000 milliards $ EU, dont une partie (environ 125 milliards $ EU) servit à subventionner l’industrie de l’épargne bancaire paralysée par les faillites de 747 institutions.

Le mot-valise « Obamanisme » – utilisé pour décrire la politique économique actuelle défendue par le président américain Barack Obama – est un nouveau concept qui, naturellement, a besoin de temps pour se développer avant qu’une analyse plus poussée ne puisse être effectuée sur ses mérites.

De toute évidence, l’administration actuelle – face à une économie chaotique – a adopté jusqu’à présent, ou envisage d’adopter, des politiques diamétralement opposées aux préceptes de Reagan: impôts plus élevés, réglementation accrue, plus de dépenses et une politique monétaire laxiste.

L’initiative de sauvetage des banques du président Obama était correcte pour deux raisons: d’un côté, la décrépitude des marchés de capitaux aurait métastasé en un chaos général plus coûteux, et de l’autre, le fait que les banques sont maintenant relativement stables témoigne de l’efficacité du programme, malgré le travail restant à accomplir dans ce schéma de sauvetage bancaire.

Même si le plan de relance économique actuel prendra un certain temps pour atteindre les objectifs souhaités, les résultats préliminaires à ce jour sont tout à fait mixtes: les banques hésitent à prêter, le secteur des prêts hypothécaires est toujours léthargique, la consommation privée atone entrave les investissements des entreprises et la productivité économique mondiale. L’économie enregistre peu à peu des milliers d’emplois mais le taux de chômage reste encore à 9,7%.

Alors, entre l’Obamanisme et le Reaganisme, quel modèle économique peut sauver l’Amérique aujourd’hui?

La réponse est : aucun.

Aucune politique économique ancrée dans un dogme partisan ne peut sauver l’économie; pour être efficaces, les autorités doivent utiliser une combinaison d’idéologies, extirper les meilleures zones d’efficacité de chacune et les amalgamer dans un plan cohérent profondément enraciné dans les préceptes d’une l’économie prudentielle.

Premièrement, le gouvernement doit équilibrer son budget en maîtrisant les pertes bureaucratiques au niveau fédéral et étatique, en cherchant une plus grande efficacité dans ses programmes sociaux et en maintenant une base d’imposition capable de fournir des rentrées fiscales suffisantes. La récente nomination de Jeffrey Zients au poste de Chief Performance Officer (Chef des services de l’analyse de performance) des Etats-Unis est une heureuse décision.

Deuxièmement, le gouvernement et le pouvoir législatif doivent accepter de supprimer ou de réduire sensiblement les dépenses électoralistes ; même si certains des projets subventionnés sont valides, le manque de transparence et le fait que trop de pouvoir reste dans les mains d’un député sont des faits troublants. Citizens Against Government Waste (Citoyens contre le gaspillage des deniers publics), organisme privé et non-partisan, a estimé dans son dernier rapport de l’année 2009 que les dépenses électoralistes se sont élevées à 19,6 milliards $ EU, en hausse par rapport aux 17,2 milliards $ EU de l’année précédente.

Troisièmement, le gouvernement doit investir dans l’éducation, les sciences, la santé et les services de loisir afin d’assurer une main-d’œuvre productive et une population éduquée. Tout citoyen apprécie un bon système scolaire local, une police efficace, et des services sociaux opérationnels. Quatrièmement, un processus progressif et équilibré de réglementation des secteurs vitaux est nécessaire pour égaliser les chances de tous les agents économiques et éviter les effets négatifs des risques systémiques.

Enfin, le code fiscal devrait être plus efficace et plus facile à comprendre pour que plus de recettes soient recueillies. Actuellement, on estime qu’il coûte au fisc américain entre 25 et 30 centimes pour chaque dollar derecettes fiscales collectées, sans compter les milliards dépensés par les citoyens dans leur planification fiscale. Nous avons un code d’imposition foncière simplifié dans nos villes, pourquoi n’en serait-il pas de même au niveau fédéral?

Google et la Chine: Enjeux d’un bras de fer

March 29, 2010 23 comments

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Par Marquis Codjia

De nombreux éditoriaux dans le monde ont profusément glosé sur la dernière décision de Google de se retirer de la Chine, suite logique d’un feuilleton qui incarna l’état des relations entre le moteur de recherche et la censure communiste.

Même si quelques points de vue offrirent une approche holistique d’un problème complexe qui va au-delà de la sphère économique, la majorité des commentaires saluèrent l’initiative de Google comme étape importante dans le raffermissement de la démocratie dans ce pays d’Asie.

Le sujet brûlant aujourd’hui en Occident est de savoir si la Chine peut exister sans Google.

Nombreux sont ceux qui répondent par la négative, citant, entre autres, la gestation de l’infrastructure technologique du pays et son nombre limité d’ingénieurs qualifiés ; certains estiment même que Beijing sera plongé “dans l’obscurité” après un éventuel retrait.

A dire vrai, la Chine a moins besoin de Google que l’inverse. Par conséquent, à la question opposée – Google peut-il survivre sans une implantation en Chine ? – la réponse raisonnable devient oui.

Stratégiquement parlant, il y a une ribambelle d’arguments démontrant que le mammouth technologique de Mountain View, en Californie, adopte une approche erronée dans la résolution de son énigme chinois. Certains de ces arguments sont spécifiquement endogènes à l’entreprise, tandis que d’autres sont plus variés dans leur nature et étroitement inhérents au macro-environnement dans lequel évolue l’entreprise.

Google ne divulgue ni la taille ni la rentabilité de ses activités en Chine, mais on peut déduire, au vu des 400 millions d’internautes chinois, que Google.cn – son portail local – contribue à une bonne partie de son profit global.

Évaluer la portée des activités de la société en république de Mao implique non seulement la prise en compte des revenus de ses métiers de base, mais aussi les activités accessoires de joint-ventures en Asie et ses propres initiatives commerciales.

L’entreprise ne peut ignorer l’énorme vache à lait que représentent les internautes chinois et la prééminence concurrentielle qu’une présence locale peut offrir. La récente annonce de Google de déplacer ses serveurs du sous-continent à Hong Kong et de mettre fin à sa censure des recherches présente une anicroche à la stratégie commerciale de l’entreprise car Google a besoin d’être en Chine pour gagner sur le marché chinois, même si des pratiques iniques continuent d’alimenter le climat économique du pays.

Par conséquent, Ed Burnette a raison de réitérer ce point de vue.

Il est capital de reconnaître que les pratiques économiques de la Chine sont loin d’être équitables et que son système sociopolitique peut parfois être antithétique aux paradigmes usuels  dans d’autres parties du monde. Que la Chine ne soit pas une démocratie est aujourd’hui un lieu commun, mais de nombreuses sociétés de l’indice Fortune 100 sont désireuses de botter en touche les préceptes fondamentaux de la liberté d’expression et d’ouvrir des filiales chinoises.

Les facteurs géostratégiques au niveau macro-économique sont ceux auxquels Google devrait faire le plus attention. L’entreprise est un leader dans son secteur d’activité et possède de solides alliés au sein de l’administration Obama – Andrew McLaughlin, son ancien chef de politique globale, est actuellement l’adjoint au chef des services informatiques des Etats-Unis. Pourtant, une société, quelle qu’elle soit, ne peut représenter un acteur stratégique majeur dans le continuum beaucoup plus vaste et complexe des relations États-Unis – Chine.

Les politiciens sont très économiques avec la vérité lorsqu’il s’agit de la Chine. Même s’ils utilisent parfois la rhétorique diplomatique pour décrier les dérives chinoises contre la démocratie et les questions relatives à la liberté d’expression, ils sont tous muets lorsqu’il s’agit de coupler les affaires et l’éthique.

Ils ne doivent pas être nécessairement blâmés car il y a une variété d’éléments sibyllins qui rentrent en ligne de compte dans les relations transnationales, et les questions bi- ou multilatérales ne sont pas toujours simplistes.

Si Google se retirait du sous-continent, il perdrait des milliards de dollars EU de profits de ses métiers de base et ses activités parallèles. Il perdrait sa position dominante dans l’activité de recherche régionale et ce vide économique attirerait les autres concurrents, qui, en fin de compte, feront éroder sa part de marché globale.

Ce scénario catastrophe est loin d’être un épisode de science-fiction made in Hollywood. Si Google part, les locaux (comme Baidu) et les principaux rivaux comme Bing de Microsoft et Yahoo vont saisir sans aucun doute la manne. Également, les nouveaux arrivants pourront  facilement imiter le modèle de recherche de l’entreprise et tirer parti des réprimandes des autorités locales pour développer leurs activités.

Il y a une longue liste de multinationales occidentales opérant dans le sous-continent en dépit des protestations répétées de militants des droits de l’homme. Pensez à McDonald, Wal-Mart, Carrefour, Citibank, etc.).

Les dommages collatéraux de Google se remarquent déjà dans la réaction colérique de la Chine après l’annonce du retrait du moteur de recherche ; les médias ont signalé jusqu’à présent que les compagnies de téléphonie chinois délaisseront Google ou Androïde, son nouveau système d’exploitation mobile.

Etait-ce judicieux de sauver les banques?

March 23, 2010 50 comments

Par Marquis Codjia

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Il y a quelques mois, le marasme de l’économie globale était un point crucial de l’ordre du jour de nombre de dirigeants du G20. L’apathie sociale ambiante, l’écroulement du secteur bancaire, le dilemme de la croissance globale, et la dégringolade de la bourse étaient les sujets de discussion du leadership planétaire.

Les gouvernements partout dans le monde résolurent la question la plus névralgique, le chaos dans l’industrie bancaire, avec des apports pécuniaires massifs à un secteur qui jusque-là incarnait le meilleur (et le pire) du capitalisme, selon un mode opératoire plus proche de l’intervention centralisée des économies communistes.

L’ardoise globale varie entre 4.000 à 5.000 milliards de dollars EU selon les estimations les plus optimistes, mais les coûts ultimes globaux pourraient dépasser cet intervalle.

Le sauvetage du secteur bancaire, en principe, était la bonne ligne de conduite à adopter et les  experts de toutes obédiences politiques se mirent d’accord sur l’urgence d’une telle mesure, y compris les théoriciens les plus férus du libre échange qui, d’ordinaire, traitent d’énergumènes de gauche préhistoriques, ceux qui osent remettre en question le rôle limité des pouvoirs publics dans l’économie.

Cependant, nombre d’observateurs demeurent abasourdis par la souplesse qui caractérisa le processus de sauvetage des banques et les conditions très favorables avec lesquelles les fonds furent déboursés. Par conséquent, les institutions financières qui ont tiré profit de la manne étatique firent bon usage des sommes reçues pour redevenir rentables et rembourser leurs gouvernements respectifs.

D’autres pans de l’économie n’ont pas connu un si rapide rétablissement. Le chômage est encore élevé ; le secteur des crédits au logement est toujours désordonné. Les banques se sont montrées peu disposées à prêter, créant ainsi une déliquescence du secteur productif et une consommation privée léthargique. La bourse a peut être renoué avec les tendances haussières mais, discutablement,  l’économie réelle est toujours baissière.

Il est clair que les banques ont joué un rôle crucial dans le malaise économique courant mais les militants anti-sauvetage avaient tort de les diffamer et d’affirmer qu’une telle culpabilité aurait dû exclure toute aide publique. Les intermédiaires financiers sont une pierre angulaire de nos économies postmodernes et il aurait été socio-économiquement délétère et politiquement désagréable de les laisser couler.

Évidemment, une majorité de banques est aujourd’hui plus renflouée et profitable comparativement à l’année passée, même si des sections sectorielles sont encore comateuses à cause de l’hémorragie de liquidités qui les a dévastées depuis le début de la récession.

Hélas, rien n’a changé. Ces établissements recourent une fois de plus aux anciennes pratiques qui ont nui à l’économie en premier lieu, sous l’égide d’autorités de régulation étrangement aveugles et sourdes-muettes.

Les banques, nécessairement, devraient être encouragées à faire des bénéfices comme toute entreprise privée. Mais lorsque cette recherche de profit se fait aux dépens de tout un système ou constitue une menace systémique au secteur productif de l’économie, alors l’argument en faveur d’une règlementation plus dure devient d’une importance cardinale.

Les entreprises doivent couvrir leurs risques en utilisant des techniques adaptées ; cependant, les spéculateurs semblent dernièrement employer les produits dérivés pour parier contre leurs bienfaiteurs. Ces pratiques peuvent sembler injurieuses pour un pan important de la population mais elles sont compréhensibles si on considère que le camp des spéculateurs promeut seulement les intérêts privés des élites (leurs investisseurs), lesquelles tiennent compte rarement du facteur moralité dans leur équation de rentabilité.

Exemple patent : la Grèce. Le gouvernement hellène a subventionné massivement son secteur bancaire avec des milliards de dollars EU pour se voir noté négativement quelques mois plus tard en raison d’un risque de défaut apparent.

À l’heure actuelle, les autorités politiques et les grands argentiers devraient examiner la question suivante : le sauvetage a-t-il fonctionné ? En d’autres termes, les subventions gigantesques des banques et les initiatives supplémentaires associées ont-elles atteint les buts initiaux ?

Les économistes chevronnés et les sociologues s’attaqueront amplement dans le futur aux questions concernant l’efficacité et l’efficacité du sauvetage, mais des experts de premier plan croient actuellement que les réponses à de telles interrogations sont négatives. L’économiste de George Mason University Peter Boettke argua que les diverses subventions ont créé un « cycle de dette, de déficits et d’expansion de gouvernement » qui, in fine, « estropiera économiquement » les grandes économies, tandis que Barry Ritholtz, célèbre auteur de Bailout Nation et président de la société de recherches FusionIQ, pense que les programmes de renflouement auraient pu être mieux gérés.

On peut observer que la phase initiale de sauvetage s’avéra efficace parce qu’elle a aidé à éviter un remue-ménage bancaire régional et global. Mais, contrairement à la croyance populaire, ce fut l’étape la plus facile. L’on ne saurait mésestimer le courage des autorités dans le processus, mais il est indubitablement plus facile pour une banque centrale puissante, comme la Réserve Fédérale américaine, de passer des écritures comptables au crédit des établissements visés et renflouer leurs actifs par le biais du « quantitative easing ».

La Fed, à l’instar d’autres banques centrales du G8, a une position enviable parce qu’elle peut « créer » de l’argent ex nihilo rien qu’en augmentant électroniquement ses actifs.

Les réformes constituent le véritable test de courage politique, et jusqu’ici l’absence de nouvelles normes dans le secteur financier peut, si l’on n’y prend garde, détruire les efforts de rétablissement jusqu’ici consentis.

Actuellement, il y a cinq facteurs distincts expliquant les résultats médiocres obtenus jusqu’ici à partir des plans de sauvetage.

D’abord, la réforme financière si nécessaire prend plus de temps au niveau législatif parce que non seulement les lobbies financiers – telles que la superpuissante American Bankers Association – exercent une forte pression, mais l’agenda politique est également occupé par la réforme de l’assurance-maladie et les soucis géostratégiques liés aux conflits en Afghanistan et en Irak.

La récente annonce du chef de la commission bancaire du Sénat Chris Dodd (Démocrate du Connecticut) visant à introduire des réformes dans le secteur changera probablement peu à court terme.

En second lieu, les principaux conseillers financiers du Président Obama sont d’anciens caciques de Wall Street, et beaucoup de sceptiques sont incrédules qu’une clique aussi proche des intérêts financiers puisse être à l’avant-garde de vraies réformes dans un secteur qui leur était précédemment bienfaisant.

Les deux facteurs suivants sont endogènes au secteur bancaire. L’un provient de l’expérience antérieure des cycles de régulation et de dérégulation qui font disparaître habituellement les reformes après un certain laps de temps, et l’autre découle de l’unique capacité des ingénieurs financiers et des banques d’affaires à concevoir de nouveaux produits et techniques pour parer aux lois existantes.

Finalement, l’effort de régulation devrait être global dans sa portée, et le manque actuel de coopération géographique ainsi que la difficulté pratique à dépister le risque systémique dans l’industrie bancaire handicapent de nouvelles avancées.

Tiger Woods: le retour est-il possible?

March 14, 2010 24 comments

Par Marquis Codjia

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Après sa cérémonie d’excuses publique hyper-médiatisée il y a quelques semaines, beaucoup d’observateurs et de passionnés de golf partout dans le monde se demandaient ce que Tiger Woods ferait après.

Le champion de golf semblait véritablement peiné de l’immense souffrance qu’il avait infligée à ses proches et promit de tout faire pour regagner leur confiance.

Bien que Woods réaffirmât clairement que revenir n’était pas sa priorité immédiate et que sa carrière serait mise en suspens pour une certaine période, il est judicieux de spéculer que le golfeur reprendrait certainement la compétition le plus tôt possible.

C’est du moins ce que pensent les traders sur le site Intrade.com, un opérateur en ligne des marchés de prévision, avec 80% des contrats passés en faveur d’une participation du golfeur au championnat PGA Tour avant le 30 avril 2010.

Il est important de comprendre la dynamique, externe et interne, de la machine Tiger Woods pour corroborer de telles prémonitions.

D’abord, l’athlète possède de puissants atouts provenant de la qualité de son jeu et de sa famille. Sa mère est fortement présente, elle dont la liaison avec le fils s’est développée encore plus après le décès de son mari il y a quelques années ; sa femme Erin, dont l’amour est toujours d’actualité (?), restera très probablement à côté de son mari une fois la déception sentimentale digérée.

En second lieu, Woods est discutablement l’athlète le plus populaire sur terre. Sa popularité va au-delà des terrains de golf puisqu’il est également actif dans le caritatif par le biais de sa fondation. Même si sa communication fut déplorable au début de ce mélodrame conjugal, il a une solide organisation pour tenir tète à la crise.

Troisièmement, et le plus important atout de Woods : nous.

Les supporteurs constituent la pièce maîtresse dans l’arsenal du sportif. Le public apprécie les célébrités qui font amende honorable après avoir commis une faute et leur donne généreusement une deuxième chance. Les cas varient d’un individu à l’autre, mais l’actualité nous offre une ribambelle d’histoires faisant cas de politiciens, chefs religieux, sportifs et autres célébrités qui ont reconquis leur honneur après un épisode adultérin.

Quatrième atout de Woods : les autres golfeurs professionnels. Curieusement, ce groupe a plus besoin de son retour rapide même si quelques rivaux pourraient secrètement jubiler à l’idée d’une retraite prématurée pour finalement briller. Certains ont exprimé leur désolation au début de l’affaire en décembre, mais, de toute façon, le secteur dans son ensemble a bénéficié amplement de l’influence de Tiger Woods.

Les golfeurs professionnels ne peuvent pas réfuter la thèse que l’entrée de Woods dans le jeu a aidé à arrondir leurs fins de mois et augmenter la popularité d’un sport précédemment considéré comme élitiste.

Enfin, les sponsors et les grands groupes de média, particulièrement les médias audiovisuels (TV et Internet), pourraient perdre des milliards de dollars si l’athlète faisait une pause ou marquait un arrêt dans sa carrière. L’industrie du golf a connu une croissance importante cette dernière décennie et aucun acteur ne veut que cette manne s’évapore. Cela est particulièrement vrai pour les acteurs majeurs tels que Nike et Adidas, ou les petits équipementiers et les portails Internet consacrés au sport.

Dès lors, il paraît clair que les facteurs externes favorisent Woods mais la question essentielle demeure : le golfeur emploiera t-il cette période difficile pour solidifier son moral et revenir dans le jeu ou descendre dans l’oubli. L’avenir nous le dira!