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Obamanisme contre Reaganisme – Quel modèle économique pour sauver l’Amérique?

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Par Marquis Codjia

Dans les années 80, Ronald Reagan déclarait avec emphase que «le gouvernement n’est pas une solution à notre problème», mais plutôt, que “le gouvernement est le problème.” Aujourd’hui, de nombreux spécialistes analysent le bien-fondé d’une telle affirmation à la lumière des plans de sauvetage massifs que les pouvoirs publics ont de part le monde enclenché pour préserver le tissu économique mondial.

Ces experts ne sont pas seuls. L’actuel chef de la Maison Blanche, qui a affirmé ouvertement pendant la campagne présidentielle de 2008 son admiration pour la personnalité politique de Reagan – au grand désarroi de certains irréductibles démocrates –, a jusqu’ici mené des politiques économiques trop antithétiques au Reaganisme.

Beaucoup d’Américains se remémorent le côté débonnaire, jovial et hollywoodien du Président Reagan ; pourtant, l’ancien dirigeant développa une érudition économique qui lui servit tout au long de la récession qui marqua sa présidence.

Face à une économie dysfonctionnelle au début de son mandat, le président Reagan enracina sa politique dans le dogme de l’économie de l’offre, promouvant un quatuor de mesures qui finirent par révolutionner la dynamique sociale de l’Amérique et relancer sa croissance.

Tout d’abord, il proposa des réductions d’impôt sur les fruits du travail et du capital pour inciter les entreprises et les entrepreneurs à investir et innover, tout en encourageant les contribuables, inondés de liquidités en raison du niveau d’épargne élevé, à consommer pour relancer la machine économique. Ensuite, la déréglementation de secteurs économiques ciblés visa à éviter des coûts inutiles pour les investisseurs. Troisièmement, il promut une série de coupures budgétaires importantes – à partir de 1981 – qui résultèrent en une réduction de 5% des dépenses publiques (environ 150 milliards $ EU courants). Quatrièmement, Reagan chercha à resserrer la politique monétaire pour combattre l’inflation.

Le plan du défunt président eut un succès mitigé.

L’inflation connut une baisse spectaculaire de 1980 à 1983 (13,2% vs 3,2%), les recettes fédérales augmentèrent à un rythme plus élevé que les dépenses (au taux moyen de 8,2% contre 7,1%), et les 16 millions d’emplois créés ont contribué à la chute du chômage de 3 points (7,5% par rapport à un pic en 1982 de 10,8%). D’autres dithyrambes du Cato Institute, think-tank libertarien, incluent une véritable augmentation du revenu médian des familles de 4000 $ EU et une augmentation de la productivité.

Cela dit, le reaganisme et ses paradigmes libéraux ont structurellement dévasté des pans du tissu socio-économique de l’Amérique: les coupes budgétaires couplées à la hausse des dépenses militaires dues à la guerre froide ont créé un gouffre béant dans les finances publiques (par exemple: déficits budgétaires importants, expansion du déficit commercial). En outre, une certaine culpabilité peut être attribuée au leader républicain en ce qui concerne le krach boursier de 1987 et la crise des banques d’épargne des années 80 et 90, tout simplement parce que, au minimum, ces deux crises survinrent sous son mandat. Afin de résorber les déficits budgétaires, l’administration se lança frénétiquement dans des emprunts obligataires qui catapultèrent la dette nationale de 700 milliards $ EU à 3 000 milliards $ EU, dont une partie (environ 125 milliards $ EU) servit à subventionner l’industrie de l’épargne bancaire paralysée par les faillites de 747 institutions.

Le mot-valise « Obamanisme » – utilisé pour décrire la politique économique actuelle défendue par le président américain Barack Obama – est un nouveau concept qui, naturellement, a besoin de temps pour se développer avant qu’une analyse plus poussée ne puisse être effectuée sur ses mérites.

De toute évidence, l’administration actuelle – face à une économie chaotique – a adopté jusqu’à présent, ou envisage d’adopter, des politiques diamétralement opposées aux préceptes de Reagan: impôts plus élevés, réglementation accrue, plus de dépenses et une politique monétaire laxiste.

L’initiative de sauvetage des banques du président Obama était correcte pour deux raisons: d’un côté, la décrépitude des marchés de capitaux aurait métastasé en un chaos général plus coûteux, et de l’autre, le fait que les banques sont maintenant relativement stables témoigne de l’efficacité du programme, malgré le travail restant à accomplir dans ce schéma de sauvetage bancaire.

Même si le plan de relance économique actuel prendra un certain temps pour atteindre les objectifs souhaités, les résultats préliminaires à ce jour sont tout à fait mixtes: les banques hésitent à prêter, le secteur des prêts hypothécaires est toujours léthargique, la consommation privée atone entrave les investissements des entreprises et la productivité économique mondiale. L’économie enregistre peu à peu des milliers d’emplois mais le taux de chômage reste encore à 9,7%.

Alors, entre l’Obamanisme et le Reaganisme, quel modèle économique peut sauver l’Amérique aujourd’hui?

La réponse est : aucun.

Aucune politique économique ancrée dans un dogme partisan ne peut sauver l’économie; pour être efficaces, les autorités doivent utiliser une combinaison d’idéologies, extirper les meilleures zones d’efficacité de chacune et les amalgamer dans un plan cohérent profondément enraciné dans les préceptes d’une l’économie prudentielle.

Premièrement, le gouvernement doit équilibrer son budget en maîtrisant les pertes bureaucratiques au niveau fédéral et étatique, en cherchant une plus grande efficacité dans ses programmes sociaux et en maintenant une base d’imposition capable de fournir des rentrées fiscales suffisantes. La récente nomination de Jeffrey Zients au poste de Chief Performance Officer (Chef des services de l’analyse de performance) des Etats-Unis est une heureuse décision.

Deuxièmement, le gouvernement et le pouvoir législatif doivent accepter de supprimer ou de réduire sensiblement les dépenses électoralistes ; même si certains des projets subventionnés sont valides, le manque de transparence et le fait que trop de pouvoir reste dans les mains d’un député sont des faits troublants. Citizens Against Government Waste (Citoyens contre le gaspillage des deniers publics), organisme privé et non-partisan, a estimé dans son dernier rapport de l’année 2009 que les dépenses électoralistes se sont élevées à 19,6 milliards $ EU, en hausse par rapport aux 17,2 milliards $ EU de l’année précédente.

Troisièmement, le gouvernement doit investir dans l’éducation, les sciences, la santé et les services de loisir afin d’assurer une main-d’œuvre productive et une population éduquée. Tout citoyen apprécie un bon système scolaire local, une police efficace, et des services sociaux opérationnels. Quatrièmement, un processus progressif et équilibré de réglementation des secteurs vitaux est nécessaire pour égaliser les chances de tous les agents économiques et éviter les effets négatifs des risques systémiques.

Enfin, le code fiscal devrait être plus efficace et plus facile à comprendre pour que plus de recettes soient recueillies. Actuellement, on estime qu’il coûte au fisc américain entre 25 et 30 centimes pour chaque dollar derecettes fiscales collectées, sans compter les milliards dépensés par les citoyens dans leur planification fiscale. Nous avons un code d’imposition foncière simplifié dans nos villes, pourquoi n’en serait-il pas de même au niveau fédéral?

  1. Lynette
    April 6, 2010 at 6:00 pm

    L’Amérique a eu un bon président en Reagan; espérons qu’il en soit ainsi avec Obama aussi.

  2. Ariel P
    April 6, 2010 at 6:02 pm

    Toutes les crises sont le fait de politiciens véreux ou incompétents et ce qui arrive actuellement n’est pas différent

  3. Lapine
    April 6, 2010 at 6:08 pm

    Pourquoi les USA ne prendraient ils pas le même exemple sur l’Europe? Leur système a beaoucop de failles.

  4. Inferno
    April 6, 2010 at 6:10 pm

    Bonne analyse.

  5. Malle Pierrette
    April 6, 2010 at 6:14 pm

    Les sociétés changent et on ne saurait appliquer les mêmes modèles à chaque époque.

  6. Proppy
    April 6, 2010 at 6:15 pm

    Bon billet

  7. Marlon
    April 6, 2010 at 6:17 pm

    Les crises sont le fait des banques.

  8. Rany
    April 6, 2010 at 6:19 pm

    Les banques seules ne sont pas responsables, les politiciens aussi.

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