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Le b.a.-ba de l’amour: les politiciens seraient-ils plus infidèles?

Les politiciens qui s’embourbent dans les cas d’infidélité se comportent comme tout être humain en quête de satisfaction charnelle. Toutefois, ils semblent payer le prix fort quand ils décident d’ouïr les désirs de leurs amants plutôt que les besoins de leurs conjoints ou de leurs électeurs.

par Marquis Codjia

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Les êtres humains sont naturellement enclins à rechercher l’amour, l’éducation et l’émancipation personnelle. Ils naissent dans un environnement empli d’amour  et cherchent constamment tout au long de leur vie la dose de confort et de sérénité qui découle de la prise de conscience qu’ils sont aimés, ou plus simplement, admirés. Les humains ont besoin d’amour et l’amour, à l’instar de tout épiphénomène social, a besoin d’eux. L’amour est, dans ce cas, un épiphénomène car c’est un sous-produit d’autres formes d’interaction humaine, de conciliation et de réconciliation.
Dans cette recherche de confort utopique, ou d’idolâtrie irrévocable, nous sommes prêts à agir et réagir instinctivement pour protéger ou maintenir ce statu quo. Dans toutes les étapes de l’aventure humaine, ce besoin d’une attention particulière est prééminent. Pensez aux bébés cherchant frénétiquement l’attention de leurs parents ou à des adultes exposant des comportements extraordinaires pour montrer leur jalousie.

La réciprocité de l’amour est un élément important dans l’existence humaine.

Le besoin d’être aimé étant naturel, nous sommes prêts à accepter la proposition que l’amour peut – et doit – être éternel. Les religions et autres structures de foi, les croyances et les dogmes comblent ce vide dans le sens où ils nous permettent de commencer à croire en un amour éternel, une sorte de passerelle entre cet épisode terrestre et l’au-delà.

Amour et politique

Les hommes politiques, comme la plupart d’entre nous, sont en quête intense d’’amour et d’admiration. A l’instar du commun des mortels, ils sont prêts à recourir à des moyens répréhensibles afin d’obtenir cette admiration. Le besoin d’amour, c’est-à-dire, la  nécessité d’obtenir une approbation est particulièrement cruciale pour les politiciens, car elle conditionne leur existence et leur survie électorales. Ils doivent engranger des votes, ce qui signifie qu’ils doivent être assez aimables aux yeux des citoyens pour que ceux-ci leur accordent leurs suffrages.

Fait intéressant, ceux qui ont un besoin accru d’admiration sont assez courageux pour utiliser tous les moyens nécessaires pour atteindre leurs objectifs. Ils ont besoin de manipuler. Les politiciens se retrouvent dans cette catégorie. Les sociologues ont depuis longtemps fait valoir que les politiciens ont besoin de séduire l’électorat en permanence pour préserver leur capital politique. La politique est la science de la gestion du bien collectif, et dans l’accomplissement de cette tâche sociétale, les élites au pouvoir utilisent divers outils pour assurer l’ordre public et insuffler de l’idéalisme.

Les politiciens utilisent principalement leur statut social pour assouvir leurs besoins charnels. Le harcèlement sexuel n’est pas étranger à cette catégorie de voies et moyens ; d’autres initiatives moins coercitives peuvent faire appel à des promesses d’emploi mirobolantes.

L’histoire nous montre qu’il existe une flopée de cas d’infidélité impliquant des politiciens et, dans une large mesure, les personnes de pouvoir – l’élite. Les Romains et les Grecs etaient deja connus pour leurs «lois matrimoniales flexibles», et les récits historiques des évolutions sociales européennes ou africaines indiquent une propension de l’aristocratie à s’engager dans des relations adultérines. Thomas Jefferson, troisième président des États-Unis, est soupçonné d’avoir eu une relation extraconjugale à Monticello avec une esclave nommée Sally Hemings.

Les politiciens infidèles ne sont pas une nouveauté. Thomas Jefferson aurait eu une liaison avec une esclave noire.

Imprudence dans l’infidélité

Les politiciens qui trompent leurs partenaires ne constituent pas une denrée rare ; les observateurs avisés et les journalistes affirment que la liste des autorités et stars coupables d’infidélité est plus longue que celle ordinairement dévoilée. En d’autres termes, ceux qui sont pris la main dans le sac ne constituent qu’une infime minorité de l’univers entier des responsables politiques.

Des politiciens puissants ont compromis souvent leurs carrières suite à des liaisons.

Les spécialistes en communication et les imprésarios des stars sont toujours sidérés par l’outrecuidance dont certaines autorités font preuve dans la gestion de leurs vies privées, parce que ce modus operandi est si diamétralement opposé à la sophistication communicationnelle que ces mêmes élus recherchent dans le maintien de leur image publique. Simplement dit, certains politiciens sont prêts à dépenser des millions de dollars pour des campagnes de relations publiques et se faire prendre la main dans le sac plus tard comme des adolescents naïfs.

De nos jours, cette question d’imprudence adultérine demeure pendante chez les étudiants en sciences politiques. De nombreux spécialistes des sciences sociales ont uni leurs expertises pour créer une école de pensée qui soutient la causalité de l’infidélité des politiciens. Une des raisons avancées pour expliquer ce phénomène reste l’instinct intrinsèque de l’homme: la convoitise. Comme tout humain, un homme ou une femme politique est amené(e) à satisfaire des désirs charnels en dehors de son milieu conjugal simplement parce qu’il ou elle ne peut pas supprimer ces désirs. C’est aussi simple que cela.

Un autre facteur expliquant la raison pour laquelle un politicien est prêt à tout risquer en échange de quelques minutes d’épisode romantique réside dans la caractéristique essentielle de tous les gens au pouvoir: le sentiment d’omnipotence. En d’autres termes, ce sentiment d’invulnérabilité existe, quel que soit le «péché commis».

Ceci peut être remarqué dans les épisodes récents d’escapades de l’ancien président américain dans le bureau ovale de la Maison Blanche avec la stagiaire Monica Lewinsky, ou l’ancien gouverneur de l’Etat de New York, Elliot Spitzer, qui fut surpris dans les méandres d’un réseau de prostitution alors qu’il avait lui-même passé tout son mandat de procureur de l’état de New York à traquer ces mêmes réseaux de prostitution.

L’infidélité peut détruire une carrière ou une couple.

Certains spécialistes ont également suggéré que les politiciens sont aussi enclins à l’infidélité, soit parce qu’ils sont malheureux dans leurs couples, soit parce qu’ils font l’objet de nombreuses sollicitations en raison de leur position sociale, surtout lorsque celles-ci deviennent pressantes. Même si cette explication vise à disculper les hommes politiques, elle ne met pas en exergue les raisons qui les motivent à détruire en quelques minutes ou quelques heures des carrières construites sur des décennies.

Dans un monde moderne dominé par un journalisme omniprésent et alimenté par une kyrielle d’acteurs politiques – blogueurs, paparazzi, journalistes, citoyens ordinaires munis de l’occasionnel « téléphone mobile avec camera» -, il est surréaliste de constater un tel degré d’imprudence dans les cas d’adultère de ces élus.

Des différences culturelles dans le monde

Contrairement aux Etats-Unis, l’Angleterre et quelques autres pays, les cas d’infidélité des élus ne compromettent pas forcément leur avenir politique. Le facteur sous-jacent d’une telle dichotomie est le caractère privé qu’accordent nombre de cultures à l’adultère, car elles le considèrent normalement en dehors de la sphère politique.

Un autre élément culturel à noter est l’enracinement de certaines sociétés dans des traditions de polygamie ou de polyandrie, lequel les amène à voir l’infidélité comme un moindre mal. Une illustration de cette tendance est la saga entourant actuellement la vie privée du premier ministre italien Silvio Berlusconi et l’indifférence que les électeurs y accordent en permanence dans les sondages.

Les femmes sont-elles aussi infidèles?

Les commentateurs politiques et les historiens admettent que l’infidélité dans la classe politique est souvent le fait des hommes. Cependant, ils soulignent également que la gent féminine a sa part de culpabilité adultérine même si celle-ci est moins susceptible d’etre exposée en raison de leur minorité dans l’univers politique, la circonspection sociale relative à l’infidélité des femmes et la discrétion générale des femmes dans la gestion de leurs affaires extraconjugales. Toutefois, le cas récent de l’épouse de l’ex-premier ministre irlandais – Iris Robinson – qui eut une liaison avec un jeune adolescent commence à sérieusement remettre en cause ce lieu commun.

  1. August 5, 2011 at 6:25 am

    Au sujet de la réciprocité de l’amour, il me semble important de préciser qu’elle est très difficile à atteindre! En effet, alors que notre société individualiste permet une forte électivité des liens entre individus, et donc leur révocabilité, un relation amoureuse égalitaire sans rapport de domination semble de plus en plus rare.

    Ainsi la leçon apprise par le Siddhartha d’Hermann Hesse avec la courtisane me semble un rêve désormais quasiment impossible à atteindre:

    “[…] chacun devait emporter l’impression d’avoir été vaincu dans la même mesure qu’il avait vaincu lui-même ; l’un ne devait pas faire naître chez l’autre ce désagréable sentiment de satiété dépassée et d’abandon, qui pût faire croire à un abus d’une part ou d’une autre.” (2010 [1925], p.80)

    A moins bien sûr que toute cette affaire ne soit que jeux de faux semblant et d’illusion…

  1. February 14, 2010 at 7:31 am

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