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Au revoir Copenhague, bonjour Haïti!

L’aide humanitaire considérable qui a inondé Haïti au lendemain du cataclysme sismique témoigne d’une vigueur de la solidarité planétaire. Même si les montants promis à court terme seront sûrement décaissés, les expériences passées suggèrent qu’il n’en sera pas de même pour les fonds ultérieurs, sauf si les autorités haïtiennes sont proactives.

par Marquis Codjia
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L’un des cirques médiatiques de l’année 2009 fut le sommet de l’ONU sur le climat de Copenhague, ou COP-15, qui regroupa dans la métropole danoise une pléthore de dirigeants politiques, de militants sociaux, de financiers, et l’habituelle cohorte de lobbyistes chèrement rétribués. Même si la montagne a accouché d’une souris, comme s’y attendaient tous les participants, le fait marquant de la réunion demeure la rixe à laquelle se sont livrés les États-Unis et la Chine.

L’antagonisme ne se limita guère aux deux superpuissances ; il s’invita aussi dans les relations nord-sud, mettant à l’épreuve la légendaire courtoisie de la France et de l’Allemagne face au manque de volonté politique des Indiens et des Brésiliens, et le groupe des dirigeants africains – d’ordinaire ignoré lors des grandes rencontres internationales – qui dénonçait les multiples fausses promesses financières des occidentaux.

Abstraction faite des millions de dollars EU décaissés, de la baisse temporaire du taux de chômage local dû à l’embauche de commentateurs de medias et  « spécialistes du climat », de l’essor économique éphémère des entreprises danoises, et du bien-être général des politiciens et des militants écolos, le sommet produisît ce que tout le monde – excepté les idéalistes férus – espérait : un échec.

Un échec cinglant que tous les analystes politiques virent venir, vu les diverses haches de guerre que les participants du sommet COP-15 brandirent à un mois du forum, à telle enseigne que l’on s’imaginerait dans une procédure de divorce.

Maintenant que l’aile progressiste du parti démocrate a cerné les limites du pouvoir de Barack Obama, l’agent du changement, dans certains dossiers de politique extérieure, et concomitamment, la puissance structurelle solide que les groupes de pression et autres cercles financiers projettent lorsque certains équilibres systémiques fondamentaux sont menacés, le leader américain a besoin d’une nouvelle donne pour rehausser son aloi auprès des Démocrates et des Indépendants.

L’urgence d’une telle initiative ne peut etre mésestimée ou traitée à la légère par les stratèges démocrates, notamment au lendemain d’une victoire inattendue du républicain Scott Brown aux élections sénatoriales de l’état du Massachussetts, bastion politique inexpugnable du feu sénateur Edward Kennedy depuis 40 ans.

Ce bouleversement électoral, tout en réorganisant le paysage politique, peut clouer au pilori, ou du moins perturber, les points-charnières du programme du président, y compris les réformes des secteurs sanitaire et financier, la relance économique, les initiatives en matière d’éducation, et le dénouement fructueux des conflits en Afghanistan et en Irak.

Etant donné la célérité de la réaction américaine et la vastitude des moyens déployés – diplomatiques, militaires, logistiques, et humanitaires – en Haïti la semaine dernière, Barack Obama et ses conseillers semblent voir l’épisode sismique dans ce territoire dévasté comme cette nouvelle donne, leur « instant eurêka ».

Le leader du monde libre n’évalue pas que les avantages électoraux d’une intervention rapide ; dans ce cas-ci, il tient pour vrai l’idéal du leadership moral de l’Amérique et sa capacité à venir en aide à des pays sinistrés partout où elle le pourra.

Les diatribes partisanes et sociopolitiques houleuses de 2009 ont sérieusement entamé le capital politique naguère stratosphérique d’Obama, et il va s’en dire que ces efforts altruistes vont contribuer à ramener à des niveaux raisonnables la côte de popularité du président américain.

Ce regain d’opinions favorables est dû, en grande partie, au fort soutien des communautés haïtienne (1 million de membres) et caribéenne aux États-Unis, l’approbation du peuple américain pour toute aide humanitaire dans les contrées sinistrées, le besoin d’éviter à tout prix un autre scénario cauchemardesque genre ouragan Katrina, et enfin, l’opportunité pour Obama de mériter réellement son Prix Nobel de la Paix 2009. Surtout que ce dernier lui fut décerné à titre d’encouragement, comme une sorte « d’appel à l’action ».

Nonobstant, l’engagement marqué de Washington pour amenuiser les répercussions du séisme en Haïti est nivelé par un engouement équivalent de la part d’autres acteurs internationaux.

L’ère d’un monde unipolaire dominé par le capitalisme américain, où seuls les États-Unis avaient l’apanage de débits financiers faramineux, est révolue. Requinqués par des réserves de change colossales et des totaux de bilans devenus gargantuesques grâce à des rentrées de devises en export et des taux de croissance soutenus, ces nouveaux géants font sciemment fi d’une économie américaine anémiée pour raffermir leur présence sur la scène mondiale.

Les pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) font partie d’office de cette constellation, en tandem avec d’autres cyclopes de la sphère économique émergente comme l’Afrique du Sud, l’Indonésie, et le Mexique.

Les donateurs occidentaux traditionnellement magnanimes comme l’Union Européenne, le Canada, et le Japon, sont de nos jours pécuniairement phagocytés après deux ans d’aides exorbitantes à leurs secteurs bancaire et industriel. Ergo, ils préconisent des mesures d’aide financière prudentes, préférant débourser les sommes éventuelles par le truchement d’institutions financières internationales (ex : Banque Mondiale, FMI).

L’ironie, ou plutôt, la mélancolie dans cet imbroglio caritatif est que, in fine, l’on peut craindre que les sommes promises, ainsi que le tapage médiatique et les discours politiques y afférents, ne soient qu’un effet d’annonce, la suite logique d’une campagne publicitaire.

Des paramètres distincts se réunissent encore pour produire un autre cirque médiatique rassemblant une kyrielle de tragédiens, petits ou grands, qui convoitent tous le rang de « plus grand donateur » dans le subconscient collectif planétaire, sans en réellement payer le juste tribut.

En d’autres termes, les expériences passées et la simple observation qu’Haïti ne représente qu’un minuscule acteur géoéconomique – si tant est qu’il en est un –suggèrent que les chances sont en faveur d’une inertie internationale une fois que les journalistes et la société civile braqueront leurs regards émotionnels vers d’autres objectifs, à cause, soit d’une lassitude de l’actualité, soit de l’éruption d’une autre crise ou tragédie, qu’elle soit d’origine humaine ou écosystémique.

A coup sûr, les besoins vitaux des Haïtiens à court terme seront assouvis ; par contre, d’énormes nuages d’incertitude recouvrent le décaissement des fonds promis à moyen et long termes. Hélas, le propos ici ne porte plus sur la survie de l’écosystème, qui peut être, soit dit en passant, un débat plus captivant pour des occidentaux aux estomacs repus ; il s’agit ici de sauver des millions de vies humaines et l’existence politique d’un état-nation.

Dans l’hypothèse où ces prédictions s’avéreraient erronées, autrement dit, si tous les montants promis sont effectivement débloqués, et par la suite, gérés avec des normes de gouvernance strictes, Haïti pourra sortir alors de son marasme et se transformer en un état économiquement viable, socialement stable et politiquement indépendant. Un nouveau plan Marshall pour le pays en quelque sorte ; mais, tout ceci n’est que conjectures.

L’aide internationale qui se pointe à l’heure actuelle vers les zones ravagées peut se repartir en deux sections : matérielle et monétaire. La première regroupe tout l’appareillage logistique, militaire, médical et humanitaire nécessaire pour des missions de sauvetage primaire ; elle est aussi connexe aux forces militaires et de maintien de l’ordre que beaucoup de pays, au premier rang desquels se trouvent les États-Unis et les Nations Unies, ont déployées.

Quoique difficilement chiffrables, ces missions sont cruciales pour sauver les blessés, maintenir la paix sociale, éviter les pillages d’échoppes, et sauvegarder le tissu politique du pays, ou du moins ce qu’il en reste. Elles servent également à établir une infrastructure médicale temporaire pour parer aux pandémies, à fournir aux populations des vivres et de l’eau potable, et à restaurer les échanges internationaux.

Enfin, et tout aussi important, ces initiatives existent pour rasséréner les 25 dirigeants de l’A.E.C. (Association des Etats Caribéens), surtout en République Dominicaine limitrophe, qui craignent qu’un chaos social en Haïti ne se métamorphose en branle-bas régional, à cause de l’exode des réfugiés et de l’instabilité sociétale qui s’en suivra, scenario éminemment délétère pour ces économies dépendantes du tourisme.

L’assistance monétaire allouée aux Haïtiens, de par sa nature même, peut faire (en théorie) l’objet d’un chiffrage correct. Elle provient de 4 sources, le plus souvent interconnectées : gouvernements, structures caritatives, donateurs privés, et institutions supranationales.

Plus d’une semaine après le désastre, une profusion d’articles de presse continuent de relater cette aide financière, et l’on peut espérer que cette munificence continuera pour un certain temps.

Une étude récente de l’Associated Press estimait que l’aide gouvernementale destinée aux survivants du séisme haïtien s’élève à 1 milliard de dollars EU, dont plus de la moitié (575 millions de dollars EU) provenant des 27 pays de l’Union Européenne.

Des donateurs privés, partout dans le monde, mettent sans cesse la main à la poche, sous l’égide des initiatives de célébrités, des organisations humanitaires, des émissions de téléthon, et des campagnes sur internet.

Les Américains, nonobstant la précarité de leur réalité économique, ont déjà contribué 200 millions de dollars EU, pendant que les Allemands et les Néerlandais ont concouru à hauteur de 25 millions et 41 millions, respectivement.

Quant aux institutions de Bretton Woods, elles ont aussi apporté leurs contributions à la reconstruction d’Haïti. Le chef du FMI, Dominique Strauss-Kahn, a déjà promis 100 millions de dollars EU, pendant que la Banque Mondiale a suspendu, pendant 5 ans, le remboursement de ses prêts estimés à 38 millions par an.

A l’heure actuelle, le montant total des diverses sommes promises s’élève à environ 1,5 milliard de dollars EU, et l’on peut raisonnablement projeter que les diverses campagnes de mobilisation de fonds augmenteront ce chiffre à circa 2 milliards.

Comme expliqué précédemment, il y a une forte possibilité qu’un pan substantiel de ces fonds – celui relatif aux moyen et long termes – ne sera pas finalement décaissé, une fois que l’émotion planétaire circonvoisine s’amoindrira.

Le chef de l’état haïtien, René Préval, et ses plus proches conseillers doivent comprendre ce fait et s’en accommoder. Ils doivent voir leur pays exactement à travers les prismes que la communauté internationale utilise : celui d’un petit pays sous développé, dont l’avenir – si l’on s’en tient aux bruits de couloir du sommet de Copenhague – est moins important que la thématique du réchauffement planétaire.

Reconnaître le simple fait que leur pays n’est d’aucun intérêt géostratégique pour les superpuissances globales et les investisseurs majeurs, doit permettre, autant que faire se peut, à Haïti de voir le présent cataclysme comme une opportunité de sortir de son apathie économique.

Monsieur Préval ne peut mésestimer la nécessité et l’étendue de la tâche à accomplir, d’autant plus que son pays meurtri rivalisera, à l’avenir, avec d’autres pays ou causes, pour l’aide humanitaire mondiale. Il doit vite diligenter une commission, placée sous l’égide du Premier Ministre Jean-Max Bellerive, qui rassemblera des grands spécialistes nationaux et étrangers, et qui déterminera une stratégie idoine de sortie de crise couplée d’un plan d’action pour rentrer dans les fonds promis.

Les autorités doivent aussi cogiter aux voies et moyens appropriés de coordonner les efforts de sauvetage et éviter les effets de répétition dans ledit processus  (ex : qui doit superviser quoi ?).

En l’absence d’un tel degré d’organisation et d’abnégation, les dirigeants haïtiens n’accéderont pas, à coup sûr, à  la manne de 1,5 milliard à 2 milliards de dollars EU, qui équivaut à 2 ans de revenus fiscaux (estimations de 2008), ou aux 15% de son PNB qui seront perdus suite à cette calamité. Un simple coup de fil aux victimes du tsunami de 2004, aux nombreux dirigeants incrédules du Tiers-Monde, ou plus récemment, au président afghan Hamid Karzai, tous dans l’éternelle attente de fonds qui leur furent promis, pourrait éclairer René Préval et son gouvernement un peu plus.

  1. January 20, 2010 at 3:43 am

    Hi, this is a comment.
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  2. jgsrta
    February 16, 2010 at 8:35 am

    Haiti cherie, kan vas tu te réveiller. tout ca c’st pathétique.

  3. avoc24
    February 16, 2010 at 8:43 am

    bon article.

  4. zargo34
    February 16, 2010 at 8:48 am

    bonne analyse

  5. lafayette
    February 16, 2010 at 8:56 am

    bon travail, j’ai appris beaucoup ici.

  6. coulor
    February 17, 2010 at 4:48 pm

    Haiti cherie, mon beau pays tu dois te reveiller. ke fait la diaspora haitienne dans le monde? ch8 trop degoutee de voir ke rien n’est fait.

  7. king40
    February 17, 2010 at 4:54 pm

    bon article.

  1. January 24, 2010 at 9:54 am

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